En tant "qu'ex auto-entrepreneur", je m'interesse de près à ce qui fait l'actualité depuis plusieurs mois (par intermittence) et de manière plus ou moins virulente selon les métiers concernés par ce phénomène : l'Ubérisation de nos sociétés et "ses conséquences" (avantages/inconvéniants, progrès, intérets .....) pour qui ? (les clients, les entreprises, corps de métiers qui en font les frais au présent ou à l'avenir, entrepreneurs qui exécutent les prestations).

Indéniablement, notre monde est à un tournant quant à son modèle économique qui ne peut être ignoré puisque l'impact est énorme tant sur le plan économique (indivuduel et commun, sociétal - via les cotisations, les impôts ......) que sur le plan privé notamment pour des prestataires qui s'engouffrent dans ce qui apparait souvent comme une roue de secours face à la difficulté de trouver un travail par la voie classique (salariat).

Les points de vue seront nécessairement divergents selon la position depuis laquelle on regarde ce vaste sujet :

Je vais donc, expérience passée oblige, prendre la place de l'entrepreneur (l'auto-entrepreneur, le travailleur indépendant) qui exécute sa prestation (dans un premier temps) :

Une émission sur France 2 (ma vie ubérisée) la semaine dernière a exposé le sujet de manière assez claire, elle a commencé par une contextualisation puis par une énumération de changements liés à cet Ubérisation qui m'ont interpellés : "imaginez un monde où l'entreprise, les horaires, contrats de travail, locaux professionnels n'existent plus ..... ou tout le monde travail à la demande, ou il n'y a plus de bureau, chacun travail à partir de chez soi, d'un café ... à partir d'applications géolocalisées, les mots retraites, SMIC, contrat n'existent plus ... Bienvenue dans l'air du prolétariat High Tech", ses phrases ont fait tilt pour moi, sans doute en echo à une opinion que j'avais déjà sous jacente, cette émission a achevé de me convaincre "du danger" de l'ubérisation dont notre société prend le chemin même si des avantanges évidents existent.

Comme en toute chose, pour se positionner, la balance avantage/inconvéniant s'impose.

En tant qu'auto-entrepreneur, je me suis déjà exprimée dans ce blog sur la naissance croissante des plate-formes de mise en relation des auto-entrepreneurs avec les clients potentiels et j'ai déjà pointé un certain nombre de "problématiques" POUR L'ENTREPRENEUR (mais aussi pour l'utilisateur), problématiques que je qualifierais de "mineurs" mais assez révélateurs de l'état d'esprit de ses plate-formes dont la position n'est ni le respect du prestataire, ni celui de l'utilisateur mais LE PROFIT à tout prix sous prétexte de simplification de la relation. Mais à qui profite-t-elle vraiment ? En effet, j'ai aussi écrit ce qui me parait une évidence mais que l'ubérisation ne respecte absolument pas : le donnant/donnant. Il me semble - bien que parfois j'ai l'impression que ma façon de voir relève de l'utopie, du monde de bisounours ...- IMPERATIF, que chacun y trouve son compte (le client/le prestataire). Or j'ai l'impression que la balance penche essentiellement du côté de l'utilisateur même si, des avantages que je vais évoquer sont en faveur du prestataire, l'équité n'est pas dans l'ubérisation, via les plates-formes ou pas d'ailleurs, selon moi.

Avantages pour le client utilisateur de plate-forme :

  • Facilité d'accès à sa demande (les prestataires sont regroupés par catégorie, avec des fiches expliquant leur prestation),
  • Facilité de prise de contact (on prend contact avec le prestataire géolocalisé (qu'en est-il de la préservation des données personnelles notamment les auto-entrepreneurs qui ont leur activité domiciliée à leur domicile ?) et on parcourt les informations des prestataires potentiels comme on parcourt un catalogue de vente à distance,
  • Coût intéressant (la concurrence amène souvent le prestataire à se positionner sur ses tarifs, la démarche qualité est rétrogradée au second plan), 
  • Aucune démarche administrative, le prestataire se charge de tout (payer ses cotisations, assurer son activité, se débrouiller en cas de maladie, gèrer son temps (vacances non rémunérées), son budget (pas de commande, pas de recette) .....

Bref en deux clics, la prestation peut être initiée (on est indéniablement rentré dans l'ère du clic à tout va).

Avantages pour le prestataire :

Il choisit ses horaires, son temps de travail (en théorie parce que dans la réalité, il faut souvent mettre les bouchées doubles pour s'en sortir), éventuellement ses clients (je me suis vue refuser des clients pour lesquels j'ai préssenti que la relation n'allait pas fonctionner),

Il est sensé faire un travail qu'il aime, selon son propre rythme, "librement", n'avoir plus de patron est supposé être idéal ....

Etre à son compte est ce réellement le rêve, être tributaire des plate-formes de mise en relation, est ce réellement la vie rêvée ?

La réalité de la vie d'un indépendant, auto-entrepreneur ou autre, d'une manière générale, c'est bien sûr, ces avantages mais derrière, il y a l'ensemble des inconvéniants que le client ne voit pas - lui ce qui l'intéresse c'est le cout, la rapidité à trouver son prestataire, l'absence de contrainte pour lui, client.

La réalité de l'auto-entrepreneur, quelle est-elle ?

J'ai également fait des posts à ce sujet dans mon blog, premièrement c'est bien évidemment l'ensemble de l'aspect "marketing" à gérer seul (création de tous les supports devant permettre de communiquer sur la création de l'activité pour lui permettre de se faire connaitre),

Ensuite vient l'ensemble des démarches pour trouver des clients (création d'un site internet - voir mes posts à ce sujet - distribution de flyers, travail sur le référencement pour parvenir à être "en tête de google" ...) puis celles pour les fidéliser,

S'inscrire sur les plates-formes de mise en relation fait partie de ce travail pour essayer de capter des clients (et la aussi, j'ai fait des posts sur les "abus" de nombreuses plates-formes de mise en relation entre demandeurs/prestataires et qui en définitive ne cherchent qu'à faire du business (ça peut paraitre normal à condition de ne pas faire croire que, par exemple, tout est gratuit puis annoncer que la mise en relation est payante). Que dire de celles, et c'est l'objet de ce sujet, qui ne cherchent qu'à "embaucher" des indépendants (dans le seul but, selon moi, d'échapper aux contraintes du salariat, je dirai même à "profiter" des compétences d'une personne sans contre partie, en se déchargeant des contraintes "normales" d'une relation salariée), c'est le cas de Helpling, par exemple, contre lequelle j'ai fait le post (faire le ménage au sens propre comme au sens figuré). L'ubérisation c'est ça, pour ce qui concerne les auto-entrepreneurs en tout cas.

Quel est le problème, selon moi, pour les clients mais aussi pour les prestataires ?

Je me suis "bagarée" contre une plate-forme (se faire aider) qui annonçait dès sa première page, une mise en relation entre PROFESSIONNELS et particuliers, or, il s'est avéré que les fiches par catégorie étaient un mélange incroyable de gens professionnels et de particuliers. J'ai dénoncé celà à la DIRRECTE (repression des fraudes pour les professionnels) qui n'a pas trouvé celà plus gênant que ça ! comme je l'ai dit dans mon post, et je le constate encore ce jour, allez dans la rubrique "assistance administrative" (qui était la mienne sur la base d'une solide expérience), qu'y voit-on ? (ça s'est amélioré), des profils qui se définissent "professionnels" ("trouvez le professionnel dont vous avez besoin" annonce-t-on dès la première page) mais le sont-ils vraiment (professionnels ? les photos des fiches montrent du bricolage, du repassage, est ce vraiment sérieux ? (même si une photo inadaptée n'est pas si grave) en tout cas, ils portent préjudice aux professionnels (ceux qui sont déclarés, paient leurs charges, cotisations ......) ça c'est une évidence ne serait ce qu'en maintenant une confusion entre professionnels et particuliers qui vendent leurs services (et c'est aussi l'un des problèmes majeurs de l'ubérisation).

L'autre volet de l'Ubérisation est, on le voit clairement avec les taxis mais aussi la location de logement puis petit à petit bon nombre de branches professionnelles (et ça va aller en s'accroissant), la concurrence déloyale qu'il faudrait accepter "parce que nous rentrons dans une nouvelle ère, que c'est moderne, que c'est comme ça et que le refuser serait refuser le progrès.

La concurrence est saine dans une économie, nous le voyons bien avec celle des acteurs de la téléphonie, par exemple, qui permet de meilleurs tarifs et prestations aux clients mais quand elle n'est pas équitable, cette même concurrence est gênante (voir nuisible) car on entre dans une espèce de jungle ou tout le monde peut faire comme il veut (ou presque) pour tirer la couverture à lui et piétiner l'autre à qui les règles imposées ne sont pas les mêmes. Et j'en reviens à ma notion d'équité, de gagnant/gagnant pour tout le monde c'est ça la concurrence saine. Alors quand un taxi qui paie très cher une licence est en colère contre des gens qui font le même boulot mais sans les mêmes contraintes (idem pour les hôteliers contre RB&B), là je trouve celà inéquitable et uniquement parce que j'ai été du côté entrepreunarial, parce que si j'avais toujours été du côté des clients évidemment que je trouverai ça super (notamment parce que ça coûte moins cher). Tout est question de position dans ce "duel des temps modernes".

En même temps, j'entends parfaitement la position de tous ses chauffeurs de VTC qui étaient sans emploi et qui par ce moyen ont retrouvé un job, une dignité, une motivation ....

Mais en tant que client, est ce que le clic à tout va est ce que je souhaite ? si je suis de la jeune génération sans doute parce que nos enfants et ceux d'aujourd'hui encore plus, sont élevés avec un tablette dès leur plus jeune âge, ils n'écrivent plus que via les réseaux sociaux et/ou sur leur portable, la carte de voeux est devenue has been, tout se fait en quelques clics, à toute vitesse. La notoriété d'un prestataire ne se fait plus de bouche à oreille chez le commerçant du coin ou au café du commerce mais sur les plates formes, internet, on regarde de fiches, on cherche des sites, on clic, on choisit et après on note.

Et cette belle idée de départ, comme beaucoup de belles idées, celle de l'économie participative, se transforme, pour certains en véritable business, ou le profit dirige sous couvert de modernité est la règle.

Et que dire de cette aberration moderne qui permet aux salariés, retraités et plus généralement à qui le souhaite de se mettre à son compte et de créer son entreprise. Je trouve qu'au delà de l'ubérisation, de la concurence déloyale ... ce monde marche parfois sur la tête. Aujourd'hui, tout un chacun peut être auto-entrepreneur, travailleur indépendant (y compris ceux qui ont déjà un travail - salariés, retraités ...) alors que des millions de gens n'en trouvent pas ! on est en train, petit à petit, de prendre le chemin de la société américaine, libéralisme à tout va le tout sous un gouvernement de gauche.

Que dire de cette multitude de prestations que tout un chacun peut proposer et du travail au noir que ça peut générer. Que dire de ces sommes, que n'importe quel citoyen peut gagner sans les déclarer (ou alors qu'il doit déclarer au delà d'un certain montant mais qui le fait réellement ?), les gouvernements sont-ils conscients du boulevard ouvert au travail dissimilé ? vous me direz c'est bon pour l'économie, ça fait du pouvoir d'achat non taxé, pour le particulier c'est bien, pour l'état dont les déficits se creusent c'est moyen, pourtant ça vient de lui !

Certains s'en réjouiront, d'autres en feront les frais, il y aura nécessairement de la casse, il n'y aura pas de place pour tout le monde.

En tout cas, personnellement je suis attachée à notre société dont le fonctionnement était basé sur la solidarité entre génération même si je suis consciente que le monde change, qu'il faut évoluer mais est ce une évolution ? je ne le pense pas personnellement.

Notre système s'essouffle financièrement (en parallèle le Parisien dénonce le coût famamineux des anciens présidents - qui va s'attaquer à ces situations scandaleuses qui coutent très cher à la nation ? ..... )

VGE, Chirac, Sarkozy : ce que coûtent les ex-présidents à la République

Et le podium peut surprendre puisque c'est Valéry Giscard d'Estaing, élu à l'Elysée de 1974 à 1981, qui grimpe tout en haut avec une dépense à lui consacrée de 2,5 millions d'euros. Nicolas Sarkozy arrive second avec 2,2 millions, et Jacques Chirac est en queue de peloton avec "seulement" 1,5 millions d'euros.

http://www.leparisien.fr

pour diverses raisons notamment financières, démographiques .... mais les moyens de parer à ces "difficultés", les moyens de combler les déficits (et la je sors un peu du sujet mais finalement beaucoup de choses sont liées) ne me semble pas toujours adaptés.

Mais ce qu'il faut garder à l'esprit, notre chance dans ce monde est d'être né en France et que quand nous aurons "fini" de travailler, nous aurons une retraite payée par les générations suivantes. Ca fait partie de ce que les sociétés ultra libéralisées n'ont pas et ça je n'ai vraiment pas envie que ça disparaisse même si, j'en suis convaincue, tôt ou tard, on devra cotiser pour une retraite "privée".

Et je pense également que notre société n'est pas prête à ce changement (l'ubérisation) même si elle va s'adapter rapidement face à ce tournant qui je l'espère ne sera pas mortel pour de nombreuses professions.

Le monde change effectivement, je passerai pour une vieille croute à dire "que c'était mieux avant", refuser ces situations reviendrait, parait-il à refuser le progrès, pas sûre qu'une société ubérisée soit une société en progrès !

 Les articles sont nombreux, entre fatalité et frayeur, je n'ai pas encore pris position défininitve.

 

"L'ubérisation de l'économie va détruire des millions d'emplois"

INTERVIEW - L'arrivée de nouveaux acteurs tels qu'Uber, Blablacar ou encore Airbnb bouleverse l'économie traditionnelle. Est-ce un progrès ? Comment les grandes entreprises doivent-elles se réorganiser ? Est-ce la fin du salariat ? Éléments de réponse. Le Figaro - Que signifie exactement l'ubérisation?

http://www.lefigaro.fr

 

Jusqu'où l'uberisation de la société va-t-elle aller ?

De meilleurs services pour un prix plus bas... On a du mal à y croire mais la récente baisse de tarifs du service VTC d'Uber, en réaction aux nouvelles offres commerciales des compagnies de taxis parisiens G7 et Taxis bleus qui cherchent à reconquérir les clients perdus, est un exemple parmi d'autres de la révolution en cours que traverse notre économie, bouleversée par l'Internet.

http://www.capital.fr

 

En route pour l'ubérisation: l'invasion des barbares

Dans le transport, la banque ou le tourisme, les Uber, KissKissBank-Bank et autres Airbnb bousculent les géants de la "vieille" économie. L'Expansion a enquêté sur cette véritable lame de fond.

http://lexpansion.lexpress.fr